Article du 28 novembre 2013

Places de jeux: la société réclame le risque zéro
JEUDI 28 NOVEMBRE 2013
Sylvia Revello

GENÈVE • La Ville entend poursuivre la mise aux normes des engins non «sécurisés». Au risque de déresponsabiliser les parents?

N’est-on pas à la recherche du risque zéro en matière de sécurité sur les places de jeux? La menace de plaintes en cas d’accidents ne conduit-elle pas à édicter des normes excessivement élevées? Une pétition circule actuellement pour empêcher la destruction de la place de jeux de Cheetah Baby Plage. Certes, celle-ci ne répond pas aux normes, mais aucun accident n’y a pourtant été recensé en treize ans d’existence.

Manuel Tornare, ancien conseiller administratif chargé du Département de la cohésion sociale et de la solidarité en Ville de Genève (DCSS), déplore le démontage des jeux de Baby Plage. «Cet exemple prouve qu’un jeu non conforme n’est pas forcément plus risqué qu’un jeu aux normes. Avec prudence, les accidents peuvent être évités. D’ailleurs, il n’existe pas de jeux sans risque.» Il rappelle également le rôle de surveillance des parents. «Les règles doivent être appliquées avec bon sens, sans tomber dans la psychose.»

Révélé par Le Courrier mardi, un rapport interne du DCSS répertorie 143 engins de jeux non sécurisés en Ville de Genève. D’après les estimations du Bureau de prévention des accidents (BPA), il y a, à Genève, 5000 accidents par année sur les aires de jeux. Mark Williams, chef délégué du BPA pour le sud-ouest de la Suisse, estime que les normes ont leur raison d’être. «Elles permettent d’éviter les accidents graves (traumatisme crânien ou strangulation), en éliminant les points de coincement au niveau du cou ou de la tête par exemple. Elles n’excluent cependant pas la surveillance. «Les deux sont complémentaires.»

Il relève toutefois que la société exige un niveau de sécurité toujours plus élevé. «Certains parents pensent à tort qu’une aire de jeux conforme est un endroit où leur enfant ne peut pas se blesser ni même tomber, alors que c’est plutôt un endroit où il peut apprendre à tomber en toute sécurité.» Quant aux catégories d’âges annoncées sur les équipements, elles sont indicatives, mais restent calculées avec une grande prudence. «En proportion, les accidents à domicile sont plus nombreux.»

Pour Jérôme Besson, collaborateur du Service des écoles et institutions pour l’enfance (ECO) qui a participé à la rédaction du rapport, la norme offre un cadre de sécurité standardisé. La Ville de Genève se doit de la respecter pour deux raisons. «D’une part, parce que le canton l’exige – à travers l’autorisation de construire, d’autre part, parce que c’est une manière de se prémunir contre les éventuelles poursuites judiciaires en cas d’accident.»

«Nous sommes partagés entre des normes très restrictives et la volonté de proposer des places de jeux sécurisées mais qui restent attractives pour les enfants», explique Isabelle Widmer, cheffe du ECO. «Il est vrai qu’on se questionne parfois sur la pertinence de la norme, qui rejette un engin pour quelques centimètres.» «Les jeux se sont standardisés, reconnaît M. Besson, au détriment de la diversité et de la créativité.»