Article du 21 novembre 2013

Baby-Plage: les jeux en pneus bientôt démontés

Les lianes vont disparaître du bord du lac. Tolérées depuis des années, elles sont désormais jugées dangereuses

C’est la fin d’une expérience citoyenne qui aura duré treize ans. A Baby-Plage, l’espace de jeu fait de pneus, unique en son genre, né de l’imagination d’un habitant des Eaux-Vives puis porté par l’association Cheetah Baby-Plage, doit être démonté au plus vite. Ordre du Canton, consulté par la Ville. La créativité débridée doit plier face aux normes de sécurité.

Un grand carton avertit les familles téméraires devant l’entrée: «Dans l’impossibilité de rendre nos installations conformes aux normes européennes, nous nous voyons contraints de les démonter. Nous vous prions de ne plus les utiliser.» Hier, Quentin, 8 ans, a bravé l’interdit en prenant place sur un pneu transformé en balançoire, avec l’approbation de son père, étonné d’apprendre la nouvelle. «C’est dommage. Je trouve que le concept est génial. En plus, c’est superbien intégré dans cet espace. On ne pourrait pas essayer de faire des adaptations pour répondre aux normes?»

La question fait sourire Claudia Blaser, secrétaire de l’association. «Nous avons tout essayé. La Ville a tout fait pour trouver une solution. C’est usant de devoir se battre pour maintenir ces installations», ditelle, les yeux embués de larmes.

Lancé en 2000 sans aucune autorisation, le projet vise un objectif pédagogique. «En jouant ici, les enfants mesurent le risque eux-mêmes, apprennent à se respecter les uns les autres.» L’octogénaire Jean Georges Ernst, créateur du site, appuie: «Les parents savent qu’ils doivent accompagner leur enfant. Cela favorise la communication entre eux.» Longtemps tolérée et même soutenue par le politique, les conseillers administratifs de l’époque Manuel Tornare et Christian Ferrazino, l’initiative doit prendre fin.

«Avec les années, les jeux ont pris de la hauteur. Ils sont devenus plus dangereux. Le cadre juridique s’est accentué et les attentes de la population en matière de sécurité sont devenues extrêmement fortes», explique Isabelle Widmer, cheffe du Service des écoles et institutions pour l’enfance en Ville de Genève. On a bien tenté de maintenir l’expérience. «Il y a deux ans, nous avons essayé de trouver un moyen de mettre aux normes ce lieu. Mais les bureaux de certification contactés ont jugé cela impossible», poursuit-elle.

En juin, la Ville a donc demandé une prise de position au Canton. « Ces équipements ne sont aucunement conformes aux normes en vigueur», conclut la police du feu. Son constat est accablant. «La hauteur de ces installations est excessive. Le risque de chute est important et le sol nullement amortissant», explique le service dans son courrier du 6 novembre. «Les installations et leurs zones de chute sont entrecoupées d’obstacles» et «les cordages composés de pneus de vélos ne peuvent pas garantir la sécurité».

Une première balançoire a déjà été retirée et d’autres éléments disparaîtront samedi. Céderont-ils la place à une autre aire de jeux répondant aux exigences légales? La Ville va étudier la question.

Sophie Roselli