Article du 06 décembre 2013

Places de jeux: en fait-on trop au nom de la sécurité?

Par Languin Irène

Non conformes, les installations de Baby Plage, tolérées depuis treize ans, doivent être démontées suite à une décision du Canton. Par ailleurs, la Ville de Genève entend poursuivre la mise aux normes de ses propres installations: 23% d’entre elles ne répondent pas aux règles de sécurité européennes.

Lianes et pneus de Cheetah Baby Plage ne satisfont pas aux normes européennes.

Lianes et pneus de Cheetah Baby Plage ne satisfont pas aux normes européennes.
Image: Patrick Gilliéron Lopreno

Conseillère administrative en Ville de Genève, Esther Alder est chargée du Département de la cohésion sociale et de la solidarité. (Image: Pascal Frautschi)

Claudia Blaser est membre du comité de l’Association Cheetah Baby Plage. (Image: DR)

Ancien maire de Genève, Manuel Tornare est conseiller national socialiste. (Image: Laurent Guiraud)

Trois personnalités donnent leur avis sur le sujet:

Esther Alder, conseillère administrative en Ville de Genève (Verts), département de la cohésion sociale et de la solidarité:

Les places de jeux sont des espaces privilégiés, spécialement dédiés au développement de l’enfant et à la convivialité des familles. Chacun se souvient d’y avoir passé de bons moments, émaillés de quelques chutes et égratignures. Pour une collectivité publique, la perspective est tout autre. La double exigence de la sécurité de l’enfant et de son apprentissage de l’autonomie doit être prise en compte. Personnellement, je regrette le démantèlement des installations de Baby Plage, longtemps soutenues pas la Ville. Mais les dangers dus à la hauteur des jeux, au sol non amortissant en cas de chute ou encore au matériel utilisé étaient réels. Et ce risque ne faisait pas l’objet d’une information adéquate sur le site. C’est d’ailleurs l’association Cheetah Baby Plage elle-même qui s’est inquiétée de sa responsabilité en cas d’accident: le Canton, propriétaire de la parcelle, est alors intervenu. Mes services étudient une proposition de jeux alternative pour cet espace, laquelle implique les habitants. Nous voulons reconsidérer les aménagements des places de jeux en veillant à l’application des normes de sécurité tout en prenant en compte le développement des enfants. Dans ce but, nous souhaitons mettre en place une commission jeux réunissant des professionnels et aussi des enfants.

Claudia Blaser, membre du comité de l’Association Cheetah Baby Plage:

Le risque zéro sur une place de jeux n’existe pas car les enfants sont curieux et leurs réactions imprévisibles. Beaucoup de jeux imaginés par des adultes sont des engins prévus pour une seule activité et ne stimulent guère la fantaisie. Un enfant qui joue doit être libre. Il a besoin d’espace, de temps et de matériel qui réveille sa créativité et son imagination. Un bon jeu n’a nul besoin d’être expliqué, chaque enfant y découvre – selon son âge et son développement – comment l’utiliser. Il cherche ses limites et veut les dépasser. C’est à son rythme qu’il s’approprie le jeu et l’adapte à ses capacités. L’enfant apprend ainsi à mesurer les risques. Pour grandir, un enfant a besoin de se cogner, de tomber. Il doit apprendre jusqu’où il peut aller avant que ça ne fasse mal. Enlever tout obstacle dans une place de jeux serait antipédagogique et défavoriserait son développement physique et mental. Les enfants qui s’amusent à Baby Plage nous montrent que nos installations répondent aux critères mentionnés ci-dessus. Mais malheureusement, nos jeux ne sont pas conformes aux normes européennes, donc…

Manuel Tornare, conseiller national socialiste, ancien maire de Genève:

La sécurité des places de jeux a toujours été une préoccupation constante des autorités. Depuis plus de dix ans, la Ville a fait en sorte de sécuriser ses places de jeux pour deux raisons: d’abord, la vétusté de certaines installations nécessite une rénovation les mettant à l’abri d’incidents ou d’accidents; ensuite, plusieurs conventions internationales signées par la Suisse dans ce domaine imposent rénovations ou modifications. Cependant, il convient d’interpréter et d’adapter avec bon sens ces contraintes dues à l’obsolescence ou aux obligations juridiques. Il n’y a pas de jeux sans risque, et l’apprentissage de la vie passe aussi par une appréhension constante du danger teintée d’émulation, de plaisir, de partage, condition pour se construire en société. L’exemple récent de Baby Plage démontre que les pouvoirs publics craignent souvent davantage les tribunaux, vu l’habitude prise par certains parents de recourir systématiquement à un avocat, qu’à une analyse sereine des risques encourus. Le paradoxe de notre société réside aussi dans l’insouciance dont font preuve une minorité de parents, qui autorisent l’usage de jeux vidéo violents ou ne contrôlent pas l’accès à des sites pornographiques, mais s’acharnent sur des toboggans ou autres jeux publics présentant des risques mineurs! (TDG)

Créé: 06.12.2013, 10h09